jeudi 15 janvier 2009

- 34


Il ne s'agit pas du compte à rebours pour la nouvelle année. Non, non. D'ailleurs profitons-en pour vous la souhaiter heureuse et douce. À vous d'interpréter douce comme vous voulez.
Il s'agit de la température extérieure. Un vague de froid sans précédent depuis ces dernières années et qui va durer plusieurs jours. Ils parlent d'un froid sibérien !!! Et pourquoi pas polaire plutôt ?
Ainsi, après les records de neige l'année dernière, nous attaquons des records de froid. Ce qui fait dire à certains québécois bien intentionnés, que finalement c'est peut-être à cause de nous. Ils nous supplient de rentrer en France.

Drôle d'expérience que les pas sur la neige qui craquent comme autant de cristaux de glace, que les poils du nez qui gèlent et donnent une sensation d'intrusion intime, que le givre à l'intérieur de voitures, que les vitres des voitures impossibles à ouvrir.
Et pourtant, rien n'est paralysé. La vie, la ville continuent obstinément leur chemin. Il est vrai qu'on marche plus vite. Les rues sont emplies d'ombres sans visage et sans forme dans leurs vêtements rembourrés, se penchant en avant pour se protéger du vent, tournées vers le but à atteindre : se retrouver à l'intérieur. Quelle faculté d'adaptation. C'est fascinant.


Enfin, pour nous réchauffer, voici les premières lignes du livre que je suis en train de lire. Magnifique. C'est le blog de Gracianne qui m'a donné envie de le partager avec vous.


La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s'était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d'août pesait sur le massif de Gargano avec l'assurance d'un seigneur. Il était impossible de croire qu'en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. Que de l'eau ait irrigué les champs et abreuvé les oliviers. Impossible de croire qu'une vie animale ou végétale ait pu trouver - sous ce ciel sec - de quoi se nourrir. Il était deux heures de l'après-midi et la terre était condamnée à brûler.

Sur un chemin de poussière, un âne avançait lentement. Il suivait chaque courbe de la route, avec résignation. Rien ne venait à bout de son obstination. Ni l'air brûlant qu'il respirait. Ni les rocailles pointues sur lesquelles ses sabots s'abîmaient. Il avançait. Et son cavalier semblait une ombre condamnée à un châtiment antique.

Laurent Gaudé. Le soleil des Scorta.

5 commentaires:

Gracianne a dit…

mon dieu, cette evocation de la temperature exterieure me fait fremir. C'est vrai qu'on s'habitue a tout, nous aussi finalement, aux -13 qui font geler la machine a laver, aux greves de transport pendant un mois, a la Gare St Lazare fermee...mais -34, je me demande si je pourrais supporter.

Il est beau ce livre, je suis d'accord avec toi, beau, aride et impitoyable.

Restez bien au chaud. Bonne fin de semaine a tous.

G. moun a dit…

Il est des textes si beaux si littéraires , que les oublier est une insulte à l'intelligence ...et pourtant ..alors merci pour cette piqûre de rappel !!! après une telle introduction , on sait qu'on va accompagner ce héros magnifique et tragique jusqu'au bout , vivre avec lui la fatalité du destin .
je ne résiste pas au déplaisir de vous "balancer " l'introduction d'un livre qui a pourtant obtenu un prix cette année :

"Alors qu'Hélen déplie le matelas gonflable , elle entend Jacob tirer la chasse et ouvrir la porte de la salle de bains .Elle lève les yeux et voit son mari dans son pyjama gris à rayures blanches qui la dévisage , debout à l'entrée du salon . Elle en est agacée . ...."

Auriez -vous envie de continuer ? Sentez - vous que vous pourriez rêver en lisant la suite ?
Je l'ai fait , on espère toujours !!! quel supplice !
Si vous voulez le titre ...

Martine Perreault a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Martine Perreault a dit…

Effectivement depuis votre arrivée, nous battons plusieurs records! Vous ne pourrez pas dire que les Québécois ne sont pas aimables de vous faire vivre des moments aussi exceptionnels! Ceci étant dit, il serait bien maintenant, pour se préparer à l'avance, de mettre nos énergies ensemble afin de vous faire vivre le PLUS BEL ÉTÉ DU DERNIER SIÈCLE!!! Il me semble que ça ferait plaisir à tous! Sur ce, bonne fête Isabelle, malgré ce froid intense, eh non, l'âge ne gèle pas en même temps que le reste, ça continu à avancer.....

Bonne journée!
xxxx

Martine Perreault

G. moun a dit…

Complètement détournée du sujet principal par le texte de Gaudé , j'ai oublié de vous "plaindre " pour les -34° ; ... Que la chaleur de vos amitiés québécoises vous "endoudoune" le cœur et que affection lointaine de toutes vos familles tempère ces excès !! Oui vous aurez eu l'expérience des extrêmes et forts de ces rudesses , vous allez nous revenir ..pas trop déçus de retrouver notre vieille France...peut-être .Les grèves..les fromages ,les 35 h .. par exemple ..ne vous manquent pas ?
allez- y tous ceux de France ...continuez la liste .. ils sont "chauds" pour craquer !!